Tout le monde s’accorde, les premiers temps, quand on en est encore aux préliminaires souriants de la rencontre, à lui dédier les adjectifs fleuris : aimable, enjoué, plein d’humour – ah son fameux humour qui tourne si vite au sarcasme ! – amical, dénué d’orgueil et d’égoïsme. Comme quoi il est facile de tromper le pauvre monde parce que nous ne voyons chez l’autre que ce que nous voulons bien y voir. Surtout quand nous n’avons que nos yeux pour démêler le vrai du faux.
Il y a aussi les circonstances atténuantes : il travaille beaucoup ; il a de grosses responsabilités ; il est un auteur connu ; il mène de front sa carrière d’écrivain et son métier de juge. “ Et puis, madame, m’assènent-ils, il a une grosse famille ! “. Comme si le volume familial était inversement proportionnel à la maturité.
La sienne, de famille, lui donnerait le droit à la méchanceté, à l’humeur ombrageuse, au mensonge, à la torsion des mots, aux coups de pieds rageurs et autres portes claquées, aux réparties acides et à la malveillance caractérisée.
Parfois, je me surprends à le plaindre : c’est triste, un sale gosse de cinquante berges. Eternellement infantile, enfermé dans ses rages de préadolescence, il passe sans s’en douter à coté de la plénitude de sa vie d’adulte.
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L’éducation de Louve