- J’ai lu.
Il ne m’a fallu que quelques secondes pour comprendre que c’est elle qui mènerait le jeu.
Je n’ai jamais su d’où elle est venue, je n’ai jamais su où elle est repartie. De cette aube bleue où elle m’est apparue assise nonchalamment à deux doigts de mon bien le plus précieux jusqu’à cette fin de journée, quand elle s’est littéralement évaporée dans l’air bleu du soir, il y a une longue plage de temps lisse et pure comme le bonheur.
Ella arrivait très tôt le matin, fraîche et rose, blonde ou brune selon le temps et son humeur. Je ne l’entendais pas entrer : j’écrivais, et tout à coup, elle parlait dans mon dos. Je la sentais appuyée à mon épaule, lisant ce que je venais d’écrire :
- Mais non, là, petit homme, cette phrase-là, tout ce paragraphe, regarde : ça va pas ..”
Elle prenait l’air inspiré, tournoyait deux trois fois sur elle-même en faisant mousser ses cheveux comme nuage de soie perlée, nacre blonde quand elle se prenait pour un modèle de Botticelli. Je sentais le vent menu soulevé par les mousselines de ses jupes. Soudain, elle s’exclamait :
- Je sais, je sais ce qu’il y a , voilà : tu l’as encore fait – tonnerre de Brest et de tous les Zeus, tu es incorrigible avec les temps des verbes : mets moi donc cette phrase au présent. Simplifie. Et partage-la, ce sera plus clair, mieux balancé.
Et je corrigeais. [ ... ]
Suite et fin ici, texte integral