03/04/2011

Elle a soixante ans

Comme la petite chèvre de Monsieur Seguin, elle a lutté. Tout le jour et toute la nuit, pendant des jours et des jours. Elle a essayé toutes les luttes qu’on lui avait enseignées, en constatant qu’il y en avait très peu d’efficaces. Elle a utilisé le mot, la parole, d’abord, au téléphone, puis par lettres, par messages. Submergée par la colère née de la peur de cette chose imprécise qu’elle attendait depuis leur naissance, sans vouloir s’y arrêter, sans vouloir y penser. Effrayée de mettre en mot ce malheur qui ne rodait plus, qui était bien là, devant elle soudain matérialisé. Les mots, elle les a écrits. Des mots d‘amour, de paix, d‘apaisement, ce tendresse.

Elle a reçu les réponses. Elle les entends encore :

” Tu n’est plus ma mère..”

“Je te reprocherai toujours de m’avoir mis au monde ..”

” Je ne veux plus te voir « 

” Et ce n’est pas moi qui souffrirais le plus..”

  »J’ai fait ma vie, je n’ai plus besoin de toi « 

 » Il n’y a aucune place pour toi dans ma vie maintenant « 

 » Ne compte pas sur moi « 

 » je n’ai pas le temps « 

« je travaille, moi « 

Elle a lutté contre le silence, avec le silence. Ne les a plus contactés pendant des mois, des années. Ils sont revenus, au bout de quelques semaines pour l’un; quatre ans plus tard pour l’autre. L’un se disait contrit. L’autre faisait comme si rien ne s’était passé entre eux. Ils la retrouvaient comme ils l’avaient laissée, un peu plus vieillie chaque fois, mais à peine s’en apercevaient-ils, trop occupés par leurs soucis, leur famille, leurs enfants, leur boulot, leur maison, leurs vacances, leur belle-famille, leur voiture, leur bateau, le ski, la musique, les copains. 

Elle a longtemps tout fait pour rester semblable à elle-même : souriante, attentive, agile. Aimante. Ca lui a pris vingt ans.

Pendant ce temps, patiemment, elle faisait du chemin dans la renonciation.

Et ce jour est arrivé, ce jour où elle comprends enfin qu’il n’y a plus rien de commun entre elle, la mère et ces deux hommes qui ont été ses fils, qui l’ont rejetée, meurtrie, insulté. Qui lui ont menti, qui ont crié des mots de haine et de violence qu’elle repousse, mais qui sont là, qui la narguent.

Plus rien de commun avec les enfants qu’elle a portés et mis au monde. Pour qui elle aurait donné sa vie. Pour qui elle a donné une partie de sa vie, sa jeunesse, sa santé, sa liberté.

Là, ce matin, dans la clarté de l’aube, elle comprend soudain qu’elle ne les aime plus.

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03/01/2011

Elle a dix-sept ans (2)

Elle marche cœur battant dans les rues obscures, elle a peur, elle court. Elle prend des raccourcis au risque de se faire attaquer, les rues sont froides, noires, ventées. Il lui faut une heure de bonne marche pour arriver jusqu’au foyer de la rue Joly. Il fait froid, elle grelotte dans ce duffle trop mince arraché de haute lutte à l’avarice de sa mère. Qui lui reproche à demi mots ce qu’elle coute, la pension, les partitions, les cours particuliers, et même l’hôtel du seizième siècle où habitent les Daurat . Elle monte suffoquée de luxe les marches de marbre de Caunes, perdue dans les bronzes dorés, les plafonds vertigineux, les immenses fenêtres. Le piano à queue, cette pure merveille, seul meuble aimé dans l’appartement trop grand, trop encombré ; elle ne viendrait que pour cela, s’asseoir sur la banquette de vieille peluche, à coté de la dame âgée, aux mains fines, seules beautés dans ce grand corps déjà lourd, déjà vieux, dont sa jeunesse s’écarte avec dégout. La vieille pianiste est rude, sévère, hautaine. Elle n’aime pas ses élèves, sauf la très jolie Isabelle Le Goux qui deviendra pianiste de concert.Elle a dix-sept ans et ne sait rien. Elle marche en somnambule dans les rues, consciente de jouer un rôle hors mesure, hors temps. Tout lui manque, son chien, sa maison, ses parents, le figuier, Francis, Jean. Elle marche obstinément, sans penser. Elle avance, têtue, soumise, dans la pluie et l’obscurité.

02/28/2011

Elle a dix-sept ans (1)

Elle est élève de Madame Blanc-Daurat au Conservatoire de Musique de Toulouse. Elle est aussi étudiante à l’Université, elle est très sage, elle ne sort avec aucun garçon, parce que c’est mal, parce que c’est dangereux, parce qu’elle a fini par comprendre que les baisers se transforment vite en jeux interdits. Elle est logée dans une pension pour étudiantes, un foyer tenu par les Dominicaines de la rue Joly, elle en gardera toute sa vie un excellent souvenir.
C’est la qu’elle entre dans la bande des jeunes, celles qui sont logées dans le pavillon au fond du jardin, Josette, elle aussi élève au Conservatoire, classe de chant. Thérèse, qui vient de Bône. Par delà les mers, les guerres d’indépendance fleurissent en Afrique du nord.
On a installé son piano dans le parloir, elle s’exerce plusieurs fois par jour, lorsque ses cours le lui permettent. La musique devient son refuge. Elle accompagne Josette dans Le Barbier, chante la partie ténor, et tout ceci se termine dans de grands éclats de rire, des robes échangées, de longues marches pour aller des Allées Jean-Jaures jusqu’au Parc à Huitres, des cafés pris sur le pouce, des séances de cinéma dans l’après midi, en séchant les cours de littérature. Elle rencontre des étudiants étrangers avec lesquels elle déambule dans les rues de la capitale aux violettes. L’hiver est rigoureux, les tuyauteries gèlent, elle partira pour les vacances de Pâques dans la voiture de son cousin, un monsieur distingué de quatorze ans son aîné qui la juge mal fagotée dans sa jupe plissée, ses chaussettes hautes et son duffle-coat gris anthracite.
Elle attrape une saloperie de virus et délire pendant trois jours. Anéantie, tendrement bousculée par ses parents qui ne se font pas à l’idée de la savoir seule si loin d’eux, elle décide d’abandonner ses études, de rester à la maison. Elle regrettera cette décision toute sa vie.

02/28/2011

Elle a quatre vingt cinq ans (1)

Elle est dans un foyer pour personnes âgées, c’est la grande mode, ils ont profité d’un handicap, quand elle est tombée cette nuit là dans sa chambre et qu’elle s’est fracturé la hanche.
– Ou bien me dit-elle dans un souffle, c’était peut être ma hanche qui était si fragile, et qui s’est brisée lorsque je me suis levée dans l’obscurité. Il devait être deux ou trois heures du matin, j’ai glissé, cette descente de lit, sur les briques, tu sais ?
– Mais pourquoi tu n’avais pas allumé ?
– Et pourquoi j’aurais ? Je connais le chemin de la salle de bain, tout de même.
Fragile, menue, enfoncé dans le déambulateur. Elle ne sait pas qu’elle ne reviendra jamais dans sa maison.
Elle dit “ Vous venez me voir dans toute ma déchéance.”______
MLW

02/28/2011

Elle a soixante treize ans (1)

Pas tout à fait encore, mais bientôt, dans trois semaines. Elle est juste à la fin de sa soixante douzième année. Elle regarde tomber la neige, pense à des choses lisses, des bouquets d’anémones dans le vase posé sur le rebord de la fenêtre au printemps, et son désespoir de ne pas savoir attraper l’éclat, le fini, la lumière qui joue sur les pétales. Elle pense que l’aquarelle est quelque part là haut dans ce grenier où elle ne met plus les pieds parce qu’elle sait qu’elle crierait au scandale, ferait une scène, serait désespérée de voir tout ces cartons, ces malles, ces énormes boites de plastique entassés les uns sur les autres, bagages insolites d’un voyage qui se termine, vieilleries qui finiront au feu ou à la déchetterie dès qu’elle n’y sera plus. Les dizaines d’albums de photos précieusement conservés par sa grand mère, par sa mère, et qu’elle a ramené avec elle dans cette nouvelle maison, dans sa maison, loin, très loin de ce premier village du Languedoc où toute sa famille a pris racine dans les sicles des siècles.
Elle pense qu’il n’y a plus de racines, qu’il n’y a plus de village, à peine un Languedoc qui ne sait plus de quoi il retourne.
Elle continue de regarder tomber la neige.

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MLW

 

02/27/2011

Elle a quinze ans

Elle a quinze ans. Les rues sont froides dans ce village nouveau, elle court entre les maisons au crépi blond, aux pierres dorées. C’est novembre, la nuit est venue vite. Dans quelques jours, ce sera la fête, une longue fin de semaine de musique et de danse, autour de la Saint-André. Les autres filles, qui ne sont pas ses amies, ne parlent que de cela, robes et coiffures, chaussures et cavaliers, apéritif et avec qui. Les mères lorgnent les fils des riches propriétaires qui seraient des maris possibles.

Elle a quinze ans.

Son avenir se limite à la maison qu’elle habite avec sa famille, la Poste, car son père est receveur. Une maison moderne si on la compare à la plupart des autres, qui n’ont pas le chauffage central, et souvent même pas de w.c. A la Poste il y en a deux, un à chaque étage, plus une salle de bain et le chauffage central. Mais avec restrictions : le chauffage central se réduit, à l’étage, à un seul gros radiateur installé dans le couloir qui dessert les trois chambres et la salle de bain. Et il n’y a pas d’eau chaude.

Au rez-de-chaussée, un autre gros radiateur surchauffe la salle a manger, pièce sinistre ouverte au nord sur un jardin encaissé et gris, où, l’été et pendant les six ans qui vont suivre, sa grand-mère s’acharnera à faire pousser quelques salades. Heureusement, il y a un gros et vieux figuier, comme dans la maison de son grand père. Elle ne veut pas y penser, elle écarte d’elle tout ce qui blesse. Elle ne sait pas qu’elle est en train de vivre sa dernière année d’enfance.

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MLW

01/04/2011

Bien commencer l’année

Me voici depuis hier 3 janvier auteur dans un projet discret lancé il y a un peu plus d’un mois par Lise Genz, discret car totalement privé. Le projet, dont j’ai la permission de parler ici, est assez banal : Lise a réunit plusieurs auteurs autour d’un synopsis assez compliqué puisqu’elle avoue elle-même ne pas en venir à bout seule. Voilà le pourquoi de ma présence là-bas : je suis chargée d’analyser les textes, non seulement corriger les grosses fautes de ponctuation ou ortho-typo, mais surtout voir si les textes s’harmonisent entre eux, ne choquent pas dans le sens de s’entrechoquer, s‘insèrent dans le projet initial, suivent le synopsis, et ont tous des chances d‘aboutir ensemble, en groupe, au mot fin.

Je reviendrai ici en parler, mais d’ores et déjà je peux dire que j’ai du travail en perspective. Je me sentais coupable d’avoir relâché le rythme ici dans la seconde moitié de 2010. Je crains fort qu’il en soit de même pour les mois à venir.

Mais grande (seconde) nouvelle : j’ai appris ce matin que le projet de Lise Genz va être doublé d’un second blog, style forum, public celui-ci, par lequel les lecteurs pourront suivre l’évolution des textes et de l’histoire.

Sentez-vous comme moi que 2011 sera un grand millésime ?

10/06/2010

Une histoire de clés

Ma participation au jeu de la rentrée sur MILLIONS de MOTS
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Douce et tranquille dans les feuillages, qui pouvait penser un instant qu’elle avait été, qu’elle était peut-être encore, si fragile coquille posée gentiment sur l’herbe douce de ce printemps aérien, une maison de peurs et de cris, un anti-refuge, l’endroit à fuir, le lieu qui encore aujourd’hui, après toutes ces années faisait dresser sur les avant-bras de Fabienne la chair de poule de l’horreur.

Il n’y avait pas eu de sang. Pas de crimes, pas de mort. Enfin, pas tout de suite. Mais la vie s’en était allée doucement, heure après heure, jour après jour, dans une lente hémorragie de joie et d’amour. S’écoulant pendant longtemps. Des années.

Au bout de la longue agonie, elle était enfin partie. Mal assurée au volant de cette voiture qu’il lui avait achetée et dont il avait, le soir même caché la clé dans sa propre chambre. Partie avec, dans les poches de son duffle, tout l’argent qu’elle avait pu ramasser dans le tiroir aux clés. Et c’était une belle somme. Toujours de l’argent liquide chez lui, de gros billets, car il se vantait de payer comptant le plus souvent possible, chaque fois qu‘il pouvait. Elle avait tout raflé, honteuse. Heureuse. Grisée.

Il ne savait que cela : payer. Des funérailles superbes, une montagne de fleurs, la veille, pour sa mère. Les gens disaient qu’il faisait bien les choses, en le saluant dans la rue. Il répondait d’un signe de tête un peu hautain, à la mesure de ce qu’il représentait dans le village: le dernier des Bordouin, des Bourdouin des porcelaines.

Elle était partie le lendemain, tout simplement, sans bruit, pendant qu’il était à la fabrique. Il avait oublié, pour la première fois en dix huit ans, de l’enfermer à clé dans sa chambre après le rituel bonjour du matin. Elle avait regardé la voiture noire s’éloigner. Puis, elle avait bondi.

Traverser la chambre, peser doucement sur la poignée et sentir la porte bouger, s’entrouvrir. Elle ne respirait plus. Elle avait descendu les escaliers en volant de marche en marche ; attrapé le duffle-coat au porte-manteau sans s’arrêter ; bondi dans la chambre voisine, l’endroit interdit. Ouvert la porte qu’il lui avait fait jurer de ne jamais ouvrir quand il n’était pas là. S’était dirigée vers le bureau en priant dieu, les anges et sa mère pour qu’il ne revienne pas, oh s’il vous plaît, faites, faites qu’il ne se souvienne pas qu’il a laissé la porte ouverte ; ouvert le tiroir du milieu, celui dans lequel il avait jeté la clé de la voiture ( “tu es encore trop jeune, et où irais-tu ?”) Il lui parlait toujours comme si elle n’était pas prisonnière entre les quatre murs de la maison.

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Cœur battant à grands coups dans la gorge, étranglement de peur et de honte, fuir, courir, partir, ouvrir une porte, une autre, celle de l’entrée, celle du garage. Mettre la voiture en marche, caler, recommencer, mon dieu mon dieu, faites qu’il ne revienne pas. Affolée, sans une larme, une épouvante sèche, excepté ce cœur qui n’en finissait pas de s’emballer comme s’il allait éclater, se briser en morceaux en dedans quelque part.

Mais c’est fort un être humain. Elle le sait, depuis ce jour-là. Ne l’a jamais oublié.

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Puis, longtemps après, il était mort. Elle ne l’avait su que six mois plus tard, tout était fini, et le notaire parlait sec au téléphone: “Vous devez vous présenter à mon étude, Mademoiselle, pour signer les papiers”.

Héritage, elle avait eu froid, soudain : elle le savait bien qu’elle était la seule et la dernière. Seule au monde. Ca sonnait triste dans le soir pluvieux. Mélo, aussi. Un gouffre béant, une solitude effroyable. Mais déjà elle se secouait, reprenait pied dans sa réalité, l’appartement, le chien, les élèves. Riait d’elle en se moquant à petits rires de gorge et le notaire s’y était trompé, avait cru à un sanglot, avait tenté de la consoler en cherchant maladroitement ses mots, à deux cent kilomètres de là, tout en se gargarisant de termes ronflants ; ceux, qui, habituellement, calmaient net les velléités d’attendrissement : propriété, valeurs, meubles de familles, bijoux. “Une jolie petite fortune, avait-il conclu. Je suis heureux de vous avoir enfin retrouvée…”

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Et maintenant elle est là, clés en mains, devant la maison. Si longtemps après. Et rien n’a changé. C’est le même silence, le même ciel bas, et les arbres obscurs en écran, derrière, pour barrer la route au vent du nord.

Plus grands, plus larges, plus hauts que dans son souvenir.

Et soudain, dans le silence, un tintement, le trousseau de clés qui tressautent dans ses mains tremblantes, les clés comme devenues vivantes, et qui la narguent en cliquetant ironiquement les unes contre les autres, dans ses mains qu’elle n’arrive pas à calmer.

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“Jacques, c’est moi, je la mets en vente, tu fixeras le prix, je te fais confiance, le plus vite possible.

– Les meubles?

– Tu en feras ce que tu voudras. Donne-les, vends les, je m’en moques.

– Mais Faby, il y a des papiers, des livres, de belles choses. Les tableaux. Veux-tu que je te les envoie ?

– Non, non, surtout pas. Non, tu vends tout. Tout. Je ne veux rien.

– Les affaires de ta mère aussi ?

– Tout.

Un petit silence pénible. Puis:

– Tu m’envoie les clés?

– Les… Oh, merde.

– Quoi ?

-Je. Elles sont tombées. Sur le perron, je ne sais pas bien. Par terre. Tu les trouveras, juste devant la porte.

Je les ai jetées, là, quelque part, à l’extérieur”

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M.S. Longwood

6 oct. 2010

09/27/2010

La première fois

Pour le jeu de la rentrée sur Millions de Mots

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La première fois

La première fois que je l’ai rencontrée, elle tenait du bateau et de l’église, avec sa basse nef et son encablure aux quatre vents.

Plantée sur la falaise, à l’aise dans la tourmente, agrippée des quatre fers à la terre, griffée de pluie et d’embruns, elle avait tout pour me plaire et le savait. Le jardin clos derrière, abrité des regards passants et indiscrets par un haut mur gris comme elle, s’ouvrait grand vers le large, vers le bleu liquide, vers le soleil. Comme un sourire.

Petite, basse, trapue, d’un seul étage, et coiffée d ’ardoises sombres, elle brillait sous la pluie de toutes ses ardoises magiques. Deux cheminées jouaient les colonnes, comme pour la soutenir et lui donner encore plus de poids en l’encadrant sévèrement. Elle ne risquait pas de s’envoler dans le vent, les jours de tempêtes ainsi arrimée dans le sol et la roche.

Et lorsque j’ai franchi le seuil, j’ai su que c’était, entre nous deux, pour toujours.

M Longwood

(Pas loin de Locronan)

 

08/22/2010

La gifle

Ma participation au jeu de l’été sur le blog des MILLIONS de MOTS

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“ Tu es,” dit Maria d’un ton mesuré, “ la pire conne que j’ai jamais rencontrée.”

L’autre, éberluée. Ne sachant plus si elle doit la regarder en face, ou au contraire fuir son regard. Elle choisit la seconde parade. Yeux au ciel. Commence : “ Et qu‘est-ce qu‘…”

N‘a pas le temps de finir.

La claque, elle ne l’a pas vu venir. Sa joue brûle. Maria est devant elle, sourcils froncés, et gronde :

– Et tu as le front de me répondre ? Tu en veux une autre ?

Elles sont sur ce chemin qui mène aux remblais, au-delà des vignes, vers les pinèdes sombres. Là-bas, après les pins, il y a la mer.

– Tu es non seulement la pire garce, mais aussi la salope la plus ignoble. Tricheuse et menteuse. Méchante. Jalouse. Basse. Je n’ai qu’une envie, c’est de te cracher à la figure.

S’arrête. Se demande une fraction de seconde si elle va joindre son geste à la parole. Se ravise. Poursuit :

– Mais se serait me salir. Maintenant, va-t-en. Et que je ne te rencontres plus jamais sur mon chemin.

L’autre se retourne pour fuir sans demander son reste. Maria l’attrape brutalement par la manche de son chandail :

– Attends : plus jamais sur mon chemin ni ailleurs : vu ?

Interroge, sourcils levés, menton pointé.

– T’as pas l’air de comprendre, je t’explique : ni sur mon chemin, ni sur celui de Jacques. Ni au téléphone. Ni sur son blog. Ni sur aucun des miens. Tu vois ce que je veux dire ? Et ne crois pas que tu pourras te cacher pour venir écornifler : tu ne peux plus te cacher. Tu es brûlée, c’est facile de te suivre à la trace, partout où tu vas, saleté. Tu en as trop fait, tu as laissé tes marques partout. Je sais tout ce que tu fais, je te retrouverai partout en deux clics, à n’importe quel moment. Et là …

Menaçante.

[… ]

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La suite sur Millions de Mots