Sale gosse

Il est le pire de tous les sales gosses que j’ai croisés, et c’est triste, vous savez, d’en contempler un sous les traits d’un homme qui a dépassé la cinquantaine.

Tout le monde s’accorde, les premiers temps, quand on en est encore aux préliminaires souriants de la rencontre, à lui dédier les adjectifs fleuris : aimable, enjoué, plein d’humour – ah son fameux humour qui tourne si vite au sarcasme ! – amical, dénué d’orgueil et d’égoïsme. Comme quoi il est facile de tromper le pauvre monde parce que nous ne voyons chez l’autre que ce que nous voulons bien y voir. Surtout quand nous n’avons que nos yeux pour démêler le vrai du faux.

Il y a aussi les circonstances atténuantes : il travaille beaucoup ; il a de grosses responsabilités ; il est un auteur connu ; il mène de front sa carrière d’écrivain et son métier de juge. “ Et puis, madame, m’assènent-ils, il a une grosse famille ! “. Comme si le volume familial était inversement proportionnel à la maturité.

La sienne, de famille, lui donnerait le droit à la méchanceté, à l’humeur ombrageuse, au mensonge, à la torsion des mots, aux coups de pieds rageurs et autres portes claquées, aux réparties acides et à la malveillance caractérisée.

Parfois, je me surprends à le plaindre : c’est triste, un sale gosse de cinquante berges. Eternellement infantile, enfermé dans ses rages de préadolescence, il passe sans s’en douter à coté de la plénitude de sa vie d’adulte.

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L’éducation de Louve

 

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5 commentaires to “Sale gosse”

  1. Il y a tellement de façons, de chemins et de tentations pour passer à côté de la plénitude…Belle description, il était là devant moi !

  2. Et dire que nous en croisons quinze à la douzaine chaque jour ou presque. Le pire étant que ce genre de saleté de gosses peut se conjuguer aussi au féminin.

    Défoulement d’un dimanche matin.

  3. Tentations, et chemins de traverses, oui, Les Héphémères : la plénitude n’est plus ce qu’elle était. « On » (qui ça, qui ça ?) lui préfère l’enfance.

    Faudrait en reparler.

  4. Mais je le connais votre sale gosse, je l’ai rencontré il y a peu. C’est un modèle courant mais aussi en voie d’expansion !

    Travailler beaucoup, être célèbre semble donner des assises aux mauvais caractères !
    Une belle description, en tout cas ! Je suis sûre que s’il lui reste un brin de lucidité, il se reconnaîtra dès la première ligne. Mais il ne faut pas espérer qu’il change, ce serait trop beau pour les autres …mais pas pour lui !

  5. Il se reconnaîtra, il s’est déjà reconnu – il passe ici régulièrement et me prend pour une autre, mais je ne le détromperai pas, ce serait fausser le jeu.
    Pour la lucidité: il en a eu, il n’en a plus, il l’a perdue au jeu du quitte ou double.

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