Archive for ‘Coeur à coeur’

06/18/2010

La mère

Comme la petite chèvre de Monsieur Seguin, elle a lutté. Tout le jour et toute la nuit, pendant des jours et des jours. Elle a essayé toutes les luttes qu’on lui avait enseignées, en constatant qu’il y en avait très peu d’efficaces. Elle a utilisé le mot, la parole, d’abord, au téléphone, puis par lettres, par messages. Submergée par la colère née de la peur de cette chose imprécise qu’elle attendait depuis leur naissance, sans vouloir s’y arrêter, sans vouloir y penser. Effrayée de mettre en mot ce malheur qui ne rodait plus, qui était bien là, devant elle soudain matérialisé. Les mots, elle les a écrits. Des mots d‘amour, de paix, d‘apaisement, ce tendresse.

Elle a reçu les réponses. Elle les entends encore :

” Tu n’est plus ma mère..”

“Je te reprocherai toujours de m’avoir mis au monde ..”

” Je ne veux plus te voir « 

” Et ce n’est pas moi qui souffrirais le plus..”

 « J’ai fait ma vie, je n’ai plus besoin de toi « 

 » Il n’y a aucune place pour toi dans ma vie maintenant « 

 » Ne compte pas sur moi « 

 » je n’ai pas le temps « 

« je travaille, moi « 

Elle a lutté contre le silence, avec le silence. Ne les a plus contactés pendant des mois, des années. Ils sont revenus, au bout de quelques semaines pour l’un; quatre ans plus tard pour l’autre. L’un se disait contrit. L’autre faisait comme si rien ne s’était passé entre eux. Ils la retrouvaient comme ils l’avaient laissée, un peu plus vieillie chaque fois, mais à peine s’en apercevaient-ils, trop occupés par leurs soucis, leur famille, leurs enfants, leur boulot, leur maison, leurs vacances, leur belle-famille, leur voiture, leur bateau, le ski, la musique, les copains. 

Elle a longtemps tout fait pour rester semblable à elle-même : souriante, attentive, agile. Aimante. Ca lui a pris vingt ans.

Pendant ce temps, patiemment, elle faisait du chemin dans la renonciation.

Et ce jour est arrivé, ce jour où elle comprends enfin qu’il n’y a plus rien de commun entre elle, la mère et ces deux hommes qui ont été ses fils, qui l’ont rejetée, meurtrie, insulté. Qui lui ont menti, qui ont crié des mots de haine et de violence qu’elle repousse, mais qui sont là, qui la narguent.

Plus rien de commun avec les enfants qu’elle a portés et mis au monde. Pour qui elle aurait donné sa vie. Pour qui elle a donné une partie de sa vie, sa jeunesse, sa santé, sa liberté.

Là, ce matin, dans la clarté de l’aube, elle comprend soudain qu’elle ne les aime plus.

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05/18/2010

Suivre la route

[ … ] Sur le sujet, une fois ne risquant pas d’être coutume ici, j’ai envie de remonter, historiquement s’entend, jusqu’à Jésus. Selon son commandement aux apôtres, « Allez et enseignez à toutes les nations », il paraît que ceux-ci se seraient dispersés à travers le monde pour y semer la bonne parole.
Saint-Pierre prêcha à Rome et c’est donc là que la liturgie fut célébrée en latin et selon la culture romaine. C’est ce qu’on nomme le rite latin.
Son frère aîné, Saint-André, porta ses enseignements en Grèce. L’ancienne culture grecque servit alors de fondement au rite grec, que l’on dit aussi rite byzantin.
Pendant 1000 ans, le christianisme s’est donc développé dans toute l’Europe sur la base de ces deux rites, sans que l’église ne connaisse de dissension, le successeur de Saint-Pierre, le pape donc, ayant pour mission de sauvegarder l’unité. Rappelons d’ailleurs que beaucoup de papes étaient alors d’origine grecque, en guise de consensus…
[ … ] L”exil des mots 

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05/14/2010

Croire – 2

Francesco me dit : “ Si vous avez envie de croire, c’est votre problème. De là à dire que certains ont essayé de vous convaincre par A+B de sa non-existence, c’est d’une logique biaisée. Bien évidemment, il est impossible de vous prouver la non-existence des extra-terrestres, de la non-existence du Père Noël, etc. Drôle de façon de raisonner que vous avez. Qui est commune à tous les croyants d’ailleurs. Bah… « 

Voila un exemple d’argument(s) massue(s) que me présentent avec plus ou moins de véhémence et/ou d’agressivité la plupart de ceux que ma Foi indispose. A Francesco, je réponds : “ Vous êtes libre de ne pas croire, et je suis libre de penser le contraire. C’est la seule règle de bonne entente entre personnes qui ont des opinions diamétralement opposées. Merci pour votre passage chez moi

Et je lui dois aussi merci, car son commentaire me permet de continuer mon billet “Croire”, qui, jusque là, avait reçu des réponses très positives ; à tel point que je commençais à me demander si le vent anti-Dieu était en train de retomber, mais non.

J’ai depuis longtemps remarqué que les non-croyants (il y a une flopée de noms ronflants pour les désigner) malheureux, aigris, sarcastiques, agressifs, sautent sur tout ce qui bouge en Dieu, avec Dieu, au nom de Dieu ; et ils ont fort à faire, y passeront leur vie entière sans en être autrement satisfaits, sans jamais en venir à bout : car tout dans la nature, tout, autour d’eux, de la plus simple molécule, du plus simple microbe, jusqu’à l’humain, en passant par l’animal, la pierre et la rivière tout bouge et vit en Dieu.

(tiens, à ce sujet, une question pour Francesco : “ Dans la lignée des chose-non-visibles-donc-non-existantes, mettez-vous également les virus et les étoiles si lointaines que nous ne pouvons apercevoir ? Là où le Père Noël habite, vous savez ? “ )

Le pire, c’est qu’ils se croient fort ; et ce qui leur donne tant de force c’est que la non-croyance est devenue à la mode. C’est un modus vivendi qui a mis longtemps à s’établir, en prenant d’abord des allures de mécréances et de révolte, il y a plusieurs siècles, lorsque quelques intellectuels plus libertins et libertaires que libres, ont découvert que le meilleur moyen, la route la plus simple et la plus directe, pour satisfaire nos penchants plus ou moins malveillants (qui sont, allez, hop, j‘enfonce le clou : la luxure, le vol, le meurtre, la violence, l’injustice, l’avarice, la jalousie, la calomnie, le mensonge) la voie la plus simple, donc, c’était de résister aux lois divines telles enseignées par les livres saints, la Bible, le Talmud, le Coran et les autres. Pour cela, un seul moyen : décider que tout ce qui est écrit là, c’est des foutaises ; et les prophètes de joyeux drilles qui s’amusèrent à édicter des règles de vie incompatibles avec les pulsions humaines extrémistes – extrémiste parce que la pulsion de tuer, entre autres, on ne la rencontre pas chez l’humain ”moyen”, savez ? faut une certaine dose de … hum… déséquilibre pour en arriver là. Et je suis polie. Mais elles sont, et c’est indéniable.

(Je suis d’accord sur un point, un seul : il y a TROP de livres saints, TROP de prophètes, et TROP de mots : pour pallier à tous ces “trop”, nous avons reçu, chacun, en tant qu’humains, les dons d’intelligence, de raisonnement, d’expérience, d’émotions, et d’amour : tout ceci mis ensemble nous permet de faire nos choix et notre chemin en dehors des dogmes et des influences d’Eglises créées par l‘homme pour son pouvoir personnel avant tout ; donc anti-Dieu, à mon sens.)

Croire est parfois difficile et le doute s’installe. Une amie, profondément croyante, traverse des moments difficiles, divorce, deuils, accidents – et cerise sur les jours noirs : elle vient de perdre son travail. Elle me dit :”Même dieu m’abandonne..”

Là, vous voyez, si elle me crie demain qu’elle ne croit plus en l’existence de dieu, je comprendrai. Je n’essaierai pas de lui expliquer l’inexplicable, car ses malheurs feront certainement vaciller ma propre foi, et je me poserai comme tout le monde des questions du genre: ”Pourquoi ? pourquoi toute cette misère ? D‘où venue ? Et pourquoi un Dieu tout puissant et bienveillant n‘arrête-t-il pas cette merde ?”

Et delà de ce cas personnel, j’irai plus loin : pourquoi le Sida ? Pourquoi les guerres, pourquoi les meurtres ? Pourquoi la drogue ? Pourquoi 20 % des habitants de la terre ont-ils de quoi vivre et pourquoi les 80 % restant ont-ils à peine de quoi survivre ? Pourquoi l’accélération vers l’abime ? la terreur ? le volcan ? le tsunami ? pourquoi ..?

Mais je sais aussi qu’au fond de moi une petite flamme vaillante continuera de me dire : ” Il n’y a pas de réponse immédiate, reste confiante. Pour l’instant, continue ta vie, avance, ne faiblit pas. Reste dans l’amour, reste fidèle en Dieu.

Quand il s’agit de Dieu, je suis une fille simple et fidele.

05/08/2010

Croire

Je ne peux pas m’empêcher de croire. Ils s’y sont pourtant mis à plusieurs, surtout depuis l’avènement de l’Internet, pour m‘expliquer par le menu la sottise de la Foi. Ils s‘y sont mis en quatre et par douzaine, essayant de me prouver par A + B que Dieu n’existe pas, et que je suis la plus bête du monde si je continue de m‘en référer à sa sainte loi, pour vivre.

Ils ne savent pas que je ne me réfère a rien ; qu‘Il est moi et en moi ; que je ne suis rien que lui et seulement lui ; que dans mes défauts et mes faiblesses, c‘est toujours lui que je rencontre, avec son pardon plus grand que le monde et son amour sans mesure, hors mesure. Ils ne savent pas que les A et les B ne signifient rien dans l‘amour infini.

Ils ne savent rien et croient tout savoir – et croient avoir le droit de me donner à suivre leur marche, qui conduit au néant.

Je ne peux pas plus m‘empêcher de croire que je ne puis m’empêcher d’aimer. Quand je leur dis que je crois par choix, ils ne voient pas que c‘est une pirouette, une fin de non recevoir, un lapsus destiné à leur dire, en langage inoffensif “Bas les pattes, Messire : on ne touche pas à mon dieu !”.

Ce qui n‘est pas très catholique, je le reconnais, mais qu‘importe. Je n’ai que faire des églises : Mon Dieu est universel.

 

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05/05/2010

Il est minuit

Il est minuit et sans docteur Schweitzer ou autre, le vent m’emporte à travers mille diables, courant partout de ci de la aux quatre horizons qui n’en finissent pas de crucifier le monde. Il est nuit grande au falbalas des jours qui passent et tu seras de tous mes dieux le seul debout. Il est nuit pleine à lune ronde, à cœurs à cris et sans sommeil. Si tout dort et je veille que m’importe le temps. Que peu me chaut la table et le lit, si c’est vide. Et sans toi la maison n’est plus ce qu’elle était, comme la nostalgie vibrant d’un seul coté. Comme l’âme des monts réunis en alpages, comme l’ami Simon me retournant sa page, comme trèfle vivant au cœur de la prairie et ruche évaporée au rayon de midi.

Il est minuit, dis-tu, et tu bailles à l’envie. Je vais de par le monde juchée sur une étoile, je vais par les vallons et par les océans. Me prends pour le Victor des Hugos de ce temps. Me prends pour un poète et n’en suis qu’un minable. Me prends pour une femme et qu’est-ce que ça veut dire.

Il est minuit, les mecs, demain il fera jour, et demain c’est bientôt, c’est dans une seconde, c’est au coin du feu vert, au tournant de la rue, au large de l’estangue, au grand calme qui fût, qui sera et qui est, si nous savons-nous taire.

Il est minuit, tu sais.

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05/02/2010

Un petit train de mots

Comment un petit train de mots franchirait-il l’abîme qui sépare ma bouche de ton oreille?Éric Chevillard

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Franchir l’abîme que nous créons à coups de pourquoi, et Brel l’a bien compris, puisqu’il la mis en chanson triste, en poésie sanglots. Nous pourrions nous aussi pleurer ne me quittes pas, nous ne le ferons pas pour la simple et stupide raison que la mode n’est plus au romantisme et qu’on ne pleure pas, nous, Monsieur.

On sarcasme, au pire. Au mieux, on silence.

Et puis, ta bouche, mon oreille, tout ça n’existe pas vraiment si j’en crois les grandes théories actuelles qui visent à démontrer que rien de ce qui nous est invisible n’existe. Facon radicale de tuer Dieu.

Tu m’es invisible comme je le suis pour toi. Ce ne sont pas quelques photos affichées sur l’écran, lancées un soir de douce lune dans la galaxie du web qui y changeront quelque chose. Je peux mettre ici autant de bouches et d’oreilles que je voudrais sans que jamais aucune ne corresponde aux miennes.

Ton oreille m’est fermée, comme ma bouche est close et réciproquement.

Mais les yeux ?

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