07/07/2010

Calli sous tous ses angles – 1

La première chose que j’ai vu d’elle, c’est un pied nu se balançant au bout d’une longue jambe fine et satinée, un peu dorée, bien galbée, habituée à marcher et courir au soleil. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que ce jour là, pour me plaire, pour m’aguicher, Calli s’était déguisée en amazone.
Je veux retrouver les premiers instants, les images, les parfums, les mots, et cette chose indéfinissable dans l’air comme un flottement, un rêve effiloché. Calli perchée sur l’angle du bureau, à deux doigts de mon manuscrit – et j’ai fait vers elle un geste dérisoire, qu’elle a aussitôt arrêté :

 – J’ai lu.

Il ne m’a fallu que quelques secondes pour comprendre que c’est elle qui mènerait le jeu.

Je n’ai jamais su d’où elle est venue, je n’ai jamais su où elle est repartie. De cette aube bleue où elle m’est apparue assise nonchalamment à deux doigts de mon bien le plus précieux jusqu’à cette fin de journée, quand elle s’est littéralement évaporée dans l’air bleu du soir, il y a une longue plage de temps lisse et pure comme le bonheur.

Ella arrivait très tôt le matin, fraîche et rose, blonde ou brune selon le temps et son humeur. Je ne l’entendais pas entrer : j’écrivais, et tout à coup, elle parlait dans mon dos. Je la sentais appuyée à mon épaule, lisant ce que je venais d’écrire :

– Mais non, là, petit homme, cette phrase-là, tout ce paragraphe, regarde : ça va pas ..”

Elle prenait l’air inspiré, tournoyait deux trois fois sur elle-même en faisant mousser ses cheveux comme nuage de soie perlée, nacre blonde quand elle se prenait pour un modèle de Botticelli. Je sentais le vent menu soulevé par les mousselines de ses jupes. Soudain, elle s’exclamait :

 – Je sais, je sais ce qu’il y a , voilà : tu l’as encore fait – tonnerre de Brest et de tous les Zeus, tu es incorrigible avec les temps des verbes : mets moi donc cette phrase au présent. Simplifie. Et partage-la, ce sera plus clair, mieux balancé.

Et je corrigeais. [ … ]

Suite et fin ici, texte integral

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07/03/2010

Le jeu de l’été des millionaires

Ma participation au jeu de l’été de Lise et Margaux sur MILLIONS de Mots

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L’angle de l’ombre portée d’un verre de bière

et vision de soif apaisée

 

Vision d’un angle, encore jamais rencontré, un angle plein d’arêtes, d e pointes et de reliefs. Sans angle mort. Au contraire bien vivants, les angles. Parmi tous les angles vivants, le plus dangereux. Certainement un aigüe de la pire espèce.

Ou alors, un ange nanti d’un seul “l” planté comme un grand i après la troisième lettre, et c‘est le handicap : car comment voler, quand on est ange, avec une seule aile ? L’angle de vision fait dans l’angélique, la vision qui sera ou ne sera pas du futur, et qu’en savons-nous, nous qui sommes incapables de voir, malheureux aveugles, et qui parlons de vision en confondant tout, hallucinations, fantasmes ? Qui viendra encore nous raconter des bobards d’anges et angles et vision et division ?

Trainant les pas sur le trottoir décati dans la moiteur d’un juillet qui commence, et je dois faire un texte sur ce thème: l’angle, ou l’ange, de vision.

Celle qui me l’a envoyé ayant l’habitude d’avaler les lettres, de les faire se chevaucher lorsqu’il n’y a aucune raison pour, ou de les escamoter lorsqu’elles sont indispensables, il est bien possible qu’elle m’ait rajouté un ”L” là où il n’en fallait pas, et changé par cela même tout le sens de la phrase.

Qui n’est pas une phrase, me rétorque vaillamment troisième œil toujours pointilleux et très attentif à mes fautes de dialectique surtout quand je baguenaude nonchalamment sur les trottoirs poussiéreux.

Mais enfin, j’y suis, observant d’un œil rond et sans angles à la fois la quadrature du cercle et l’imminence d’un danger qui se précise dans toute sa splendeur : l’angle, ou l’ange, de vision me regarde en ricanant et en me faisant les cornes. Ce qui est outrancier pour un ange, même affublé d’un seul L. Je sens que je n’en viendrai pas à bout, pas aujourd’hui, pas sous ce soleil de plomb qui met toutes les choses à plat et moi d’abord. Je me verrais bien allongé là, à même la poussière, dans l’odeur chaude de ce trottoir où je trébuche, assoiffé, pantelant. Expirant.

Si seulement il y avait un bar, un café, une terrasse ombragée de palmiers ou de platanes. Si seulement je rencontrais en chemin des guéridons de marbre cerclés de métal gris, des chaises pliantes, des parasols et la mer à portée d’orteil. Se lèvent des visions de bocs remplis de bière mousseuse, de verres humides, aux bords glacés, de perles d’eau fraiche coulant le long des doigts tandis que le bras se lève en angle vers ma soif.

Vision de verre de bière un après-midi d’été sur le boulevard Chénier à l’angle de la rue grand pavois, à coté du magasin d’épicerie fine de la Môme Claudette.

ML 3 juillet 2010

06/18/2010

La mère

Comme la petite chèvre de Monsieur Seguin, elle a lutté. Tout le jour et toute la nuit, pendant des jours et des jours. Elle a essayé toutes les luttes qu’on lui avait enseignées, en constatant qu’il y en avait très peu d’efficaces. Elle a utilisé le mot, la parole, d’abord, au téléphone, puis par lettres, par messages. Submergée par la colère née de la peur de cette chose imprécise qu’elle attendait depuis leur naissance, sans vouloir s’y arrêter, sans vouloir y penser. Effrayée de mettre en mot ce malheur qui ne rodait plus, qui était bien là, devant elle soudain matérialisé. Les mots, elle les a écrits. Des mots d‘amour, de paix, d‘apaisement, ce tendresse.

Elle a reçu les réponses. Elle les entends encore :

” Tu n’est plus ma mère..”

“Je te reprocherai toujours de m’avoir mis au monde ..”

” Je ne veux plus te voir « 

” Et ce n’est pas moi qui souffrirais le plus..”

 « J’ai fait ma vie, je n’ai plus besoin de toi « 

 » Il n’y a aucune place pour toi dans ma vie maintenant « 

 » Ne compte pas sur moi « 

 » je n’ai pas le temps « 

« je travaille, moi « 

Elle a lutté contre le silence, avec le silence. Ne les a plus contactés pendant des mois, des années. Ils sont revenus, au bout de quelques semaines pour l’un; quatre ans plus tard pour l’autre. L’un se disait contrit. L’autre faisait comme si rien ne s’était passé entre eux. Ils la retrouvaient comme ils l’avaient laissée, un peu plus vieillie chaque fois, mais à peine s’en apercevaient-ils, trop occupés par leurs soucis, leur famille, leurs enfants, leur boulot, leur maison, leurs vacances, leur belle-famille, leur voiture, leur bateau, le ski, la musique, les copains. 

Elle a longtemps tout fait pour rester semblable à elle-même : souriante, attentive, agile. Aimante. Ca lui a pris vingt ans.

Pendant ce temps, patiemment, elle faisait du chemin dans la renonciation.

Et ce jour est arrivé, ce jour où elle comprends enfin qu’il n’y a plus rien de commun entre elle, la mère et ces deux hommes qui ont été ses fils, qui l’ont rejetée, meurtrie, insulté. Qui lui ont menti, qui ont crié des mots de haine et de violence qu’elle repousse, mais qui sont là, qui la narguent.

Plus rien de commun avec les enfants qu’elle a portés et mis au monde. Pour qui elle aurait donné sa vie. Pour qui elle a donné une partie de sa vie, sa jeunesse, sa santé, sa liberté.

Là, ce matin, dans la clarté de l’aube, elle comprend soudain qu’elle ne les aime plus.

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05/26/2010

L’absence, dit-il …

Le poids de l’absence, un trou en forme d’arbre, un arbre fait de larmes qui ne couleront pas, parce qu’il les enferme à double tour dans sa gorge. Il ne criera pas, ne dira rien. Il veut le désespoir comme un silence épais, loin des bruits et des fureurs, loin des mots. Surtout loin, le plus possible loin des phrases, des explications, des questions, des éclats de voix. Des mensonges.
Qui n’en sont pas et comment le savoir ? Comment savoir où est la vérité, lorsque la chose nue et fragile de la confiance est perdue ?

Insaisissable, l’absence. Une ombre étirée en demi teintes ; des éclairs de lucidité ; une chevelure rouge qui tombe sur le nez, cachant le visage, et le regard d‘eau derrière les mèches mouvantes. Le reste, flou. Brumeux.

Le reste comme un poids mort, comme une pelisse de douleur confuse, diffuse ; comme une charge dont il ne parvient pas a se débarrasser. Et pourtant, le veut-il ! Pourtant, le crie-t-il de toute la force de son silence, nuit et jour, jour et nuit. Pourtant croit-il faire tout et plus encore pour fuir l’esseulement de l’absence, et s’embarrasse-t-il de gens autour de lui, figurants d’un mauvais film qui ne savent pas leur rôle, choristes sans partitions, tragédiens sans masques..

L’absence, dit-il..

Il laisse la phrase en suspens, regarde une dernière fois la théière, se souvient de la main bronzée, rapide, qui tenait le stylo.

Et s’en retourne vers la maison d’un pas pesant.

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26 mai 2010 – Jeu des 1000 mots 

05/23/2010

Sale gosse

Il est le pire de tous les sales gosses que j’ai croisés, et c’est triste, vous savez, d’en contempler un sous les traits d’un homme qui a dépassé la cinquantaine.

Tout le monde s’accorde, les premiers temps, quand on en est encore aux préliminaires souriants de la rencontre, à lui dédier les adjectifs fleuris : aimable, enjoué, plein d’humour – ah son fameux humour qui tourne si vite au sarcasme ! – amical, dénué d’orgueil et d’égoïsme. Comme quoi il est facile de tromper le pauvre monde parce que nous ne voyons chez l’autre que ce que nous voulons bien y voir. Surtout quand nous n’avons que nos yeux pour démêler le vrai du faux.

Il y a aussi les circonstances atténuantes : il travaille beaucoup ; il a de grosses responsabilités ; il est un auteur connu ; il mène de front sa carrière d’écrivain et son métier de juge. “ Et puis, madame, m’assènent-ils, il a une grosse famille ! “. Comme si le volume familial était inversement proportionnel à la maturité.

La sienne, de famille, lui donnerait le droit à la méchanceté, à l’humeur ombrageuse, au mensonge, à la torsion des mots, aux coups de pieds rageurs et autres portes claquées, aux réparties acides et à la malveillance caractérisée.

Parfois, je me surprends à le plaindre : c’est triste, un sale gosse de cinquante berges. Eternellement infantile, enfermé dans ses rages de préadolescence, il passe sans s’en douter à coté de la plénitude de sa vie d’adulte.

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L’éducation de Louve

 

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05/23/2010

Dérobade

Je le vois se replier sur lui-même, se refermer. Un instant entr’ouvert, il se détourne maintenant, visage clos, paupières baissées, sourire éteint. Il fourrage un instant dans sa chevelure, cherchant ses mots. A ce moment précis, mon rôle est clair : je dois dire quelque chose, le rassurer. Je n’en fais rien. Il s’en étonne, lève vers moi un regard en forme de question et c’est à mon tour de me détourner. Marre, j’en ai marre de jouer les sœurs aînées, les mères compréhensives et alertes. Il me vole ce que je suis, la seule chose que je veuille, que je puisse, être : l’amie.

[… ]

05/18/2010

Suivre la route

[ … ] Sur le sujet, une fois ne risquant pas d’être coutume ici, j’ai envie de remonter, historiquement s’entend, jusqu’à Jésus. Selon son commandement aux apôtres, « Allez et enseignez à toutes les nations », il paraît que ceux-ci se seraient dispersés à travers le monde pour y semer la bonne parole.
Saint-Pierre prêcha à Rome et c’est donc là que la liturgie fut célébrée en latin et selon la culture romaine. C’est ce qu’on nomme le rite latin.
Son frère aîné, Saint-André, porta ses enseignements en Grèce. L’ancienne culture grecque servit alors de fondement au rite grec, que l’on dit aussi rite byzantin.
Pendant 1000 ans, le christianisme s’est donc développé dans toute l’Europe sur la base de ces deux rites, sans que l’église ne connaisse de dissension, le successeur de Saint-Pierre, le pape donc, ayant pour mission de sauvegarder l’unité. Rappelons d’ailleurs que beaucoup de papes étaient alors d’origine grecque, en guise de consensus…
[ … ] L”exil des mots  Lire la suite

05/17/2010

Croire – 3

Réponse à Franonyme. (Voir le commentaire de Franonyme)

D’abord, merci pour votre passage sur mon blog, et ma réponse était trop longue pour la petite fenêtre des com. Donc, voila :

Je pense, si je vous lis bien, que nous sommes d’accord sur plusieurs points.

Je ne crois pas NON PLUS en un dieu de vengeance, de terreur et de mort. J’appelle Dieu – parce que je ne vois pas très bien quel autre nom je pourrais Lui donner (et je mets des majuscules parce que Sa grandeur me dépasse) – un être, une chose, une pensée, un truc-machin imprécis et content de l’être – qui nous est, je le répète SUPERIEUR en tous points. Je l’invente peut-être, et pourquoi pas ? Autant inventer un dieu de super bonté et de super amour qu’un diable-monstre, n’est ce pas ? C’est quand même plus rassurant. J’ajoute que je ne force personne à croire ou non : chacun, sur ce point comme sur tant d’autres, est libre.

Je vous suis bien aussi lorsque vous abordez notre ignorance : ne pas admettre que nous ne savons pas serait le comble de la connerie. Bien sûr que nous ne savons pas. Bien sûr que nous ne saurons jamais. Nous qui ne savons même pas contrôler la température, la fonte des glaciers, le temps qu‘il fera dans une semaine, si nous savions quelque chose, la moindre chose, nous voudrions TOUS, autant que nous sommes (les milliards d‘humains sur cette planète) en profiter, (de en tirer profit) et CONTROLER DIEU si nous le connaissions de visu et de facto !

Alors, béni soit-Il et qu‘Il nous reste secret, perso, je trouve cela très bien.

Et la vie, avant, pendant et après notre vie humaine, je trouve aussi que c‘est parfait de ne rien en savoir. Rester suspendus entre deux minutes. Que dis-je ? Entre deux secondes. Le temps d‘écrire ce message, le temps de le poster, et j‘aurai peut-être disparu, ceux qui nous lisent seront précipités dans un grand malheur ou dans un bonheur indicible, sans que nous en sachions rien, sans que rien ne vienne nous en avertir. Le temps d’un claquement de doigts et paf, nous n’existons plus : parfait.

Je ne cesse de le répéter : je crois en dieu, en l’amour, en l’amitié, aux humains qui ne sont pas tous aussi malveillants qu’on veut nous le faire croire. Je crois que notre vie a un but – je ne sais pas lequel, mais je cherche et je mourrai sans savoir, mais là n’est pas l’essentiel : il se pourrait que l’essentiel soit notre conversation, ici et maintenant. Il se pourrait que tout ce qui s’invente, tout ce qui nous sert à aller d’un point à l’autre de la planète Terre en un ou deux clics, téléphones, internet, et Google Earth inclus soit la finalité d’un projet établi depuis des millénaires par plus grand et plus fort que nous tous – je le répète : je ne sais pas plus que vous, j‘avance dans un brouillard intense : mais j‘avance. C’est pourquoi, souvent, je dis que, un jour, j’ai décidé de croire : et depuis, je continue.

Un ami nouveau m’a dit dans un message privé, hier “Je sens que vous aussi vous doutez “ Hé bien entendu que je doute, faudrait être vraiment idiots pour ne pas douter Mais malgré les questions, les doutes et les interrogations, je reste confiante ; allez donc savoir pourquoi ?

Quant aux institutions religieuses, halte : je ne me réfère à aucune, mon dieu est universel. Les hommes ont fait les religions, les hommes les ont défaites, refaites, surfaites. Les hommes (mâles) s’en sont servis contre l’autre moitié de l’humanité pour l’asservir, cette seconde moitié sexe faible pendant des siècles ; et on dirait bien que ça va recommencer si on n’y prend garde. Alors, les institutions, non. Même les livres saints, c’est à considérer avec circonspection. La parole divine se résume en très peu de mots, finalement. Et ce mot, ou ces mots, résonnent au creux de chacun : c’est très personnel, dieu, en somme.

En conclusion, ma croyance est très simple : les lois humaines, les théories, les dogmes, non. Mais pour chacun de nous l’esprit, pour soi, parce que nous ne sommes pas des animaux et que nous sommes doués de pensée et de raisonnement. Oui.

Et aussi d’émotions. Mais c’est une autre histoire.

 

05/14/2010

Scellement

L’amour comme un solide scellement ?, demande Kouki.

Je réponds oui, tant qu’il dure.

Mais peut-être cela va plus loin que la durée de l’amour pour celui-ci ou celle-là.. Peut-être le scellement, ce qui, béton, nous retient au bord de l’abîme, est-ce l’amour sans celui-ci ou celle-là, mais l’amour tout court.

Il suffirait alors, plutôt que d’aligner des mots sur un écran, de devenir experts en amour ? Pour arriver au scellement, au sceau ?

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05/14/2010

Croire – 2

Francesco me dit : “ Si vous avez envie de croire, c’est votre problème. De là à dire que certains ont essayé de vous convaincre par A+B de sa non-existence, c’est d’une logique biaisée. Bien évidemment, il est impossible de vous prouver la non-existence des extra-terrestres, de la non-existence du Père Noël, etc. Drôle de façon de raisonner que vous avez. Qui est commune à tous les croyants d’ailleurs. Bah… « 

Voila un exemple d’argument(s) massue(s) que me présentent avec plus ou moins de véhémence et/ou d’agressivité la plupart de ceux que ma Foi indispose. A Francesco, je réponds : “ Vous êtes libre de ne pas croire, et je suis libre de penser le contraire. C’est la seule règle de bonne entente entre personnes qui ont des opinions diamétralement opposées. Merci pour votre passage chez moi

Et je lui dois aussi merci, car son commentaire me permet de continuer mon billet “Croire”, qui, jusque là, avait reçu des réponses très positives ; à tel point que je commençais à me demander si le vent anti-Dieu était en train de retomber, mais non.

J’ai depuis longtemps remarqué que les non-croyants (il y a une flopée de noms ronflants pour les désigner) malheureux, aigris, sarcastiques, agressifs, sautent sur tout ce qui bouge en Dieu, avec Dieu, au nom de Dieu ; et ils ont fort à faire, y passeront leur vie entière sans en être autrement satisfaits, sans jamais en venir à bout : car tout dans la nature, tout, autour d’eux, de la plus simple molécule, du plus simple microbe, jusqu’à l’humain, en passant par l’animal, la pierre et la rivière tout bouge et vit en Dieu.

(tiens, à ce sujet, une question pour Francesco : “ Dans la lignée des chose-non-visibles-donc-non-existantes, mettez-vous également les virus et les étoiles si lointaines que nous ne pouvons apercevoir ? Là où le Père Noël habite, vous savez ? “ )

Le pire, c’est qu’ils se croient fort ; et ce qui leur donne tant de force c’est que la non-croyance est devenue à la mode. C’est un modus vivendi qui a mis longtemps à s’établir, en prenant d’abord des allures de mécréances et de révolte, il y a plusieurs siècles, lorsque quelques intellectuels plus libertins et libertaires que libres, ont découvert que le meilleur moyen, la route la plus simple et la plus directe, pour satisfaire nos penchants plus ou moins malveillants (qui sont, allez, hop, j‘enfonce le clou : la luxure, le vol, le meurtre, la violence, l’injustice, l’avarice, la jalousie, la calomnie, le mensonge) la voie la plus simple, donc, c’était de résister aux lois divines telles enseignées par les livres saints, la Bible, le Talmud, le Coran et les autres. Pour cela, un seul moyen : décider que tout ce qui est écrit là, c’est des foutaises ; et les prophètes de joyeux drilles qui s’amusèrent à édicter des règles de vie incompatibles avec les pulsions humaines extrémistes – extrémiste parce que la pulsion de tuer, entre autres, on ne la rencontre pas chez l’humain ”moyen”, savez ? faut une certaine dose de … hum… déséquilibre pour en arriver là. Et je suis polie. Mais elles sont, et c’est indéniable.

(Je suis d’accord sur un point, un seul : il y a TROP de livres saints, TROP de prophètes, et TROP de mots : pour pallier à tous ces “trop”, nous avons reçu, chacun, en tant qu’humains, les dons d’intelligence, de raisonnement, d’expérience, d’émotions, et d’amour : tout ceci mis ensemble nous permet de faire nos choix et notre chemin en dehors des dogmes et des influences d’Eglises créées par l‘homme pour son pouvoir personnel avant tout ; donc anti-Dieu, à mon sens.)

Croire est parfois difficile et le doute s’installe. Une amie, profondément croyante, traverse des moments difficiles, divorce, deuils, accidents – et cerise sur les jours noirs : elle vient de perdre son travail. Elle me dit :”Même dieu m’abandonne..”

Là, vous voyez, si elle me crie demain qu’elle ne croit plus en l’existence de dieu, je comprendrai. Je n’essaierai pas de lui expliquer l’inexplicable, car ses malheurs feront certainement vaciller ma propre foi, et je me poserai comme tout le monde des questions du genre: ”Pourquoi ? pourquoi toute cette misère ? D‘où venue ? Et pourquoi un Dieu tout puissant et bienveillant n‘arrête-t-il pas cette merde ?”

Et delà de ce cas personnel, j’irai plus loin : pourquoi le Sida ? Pourquoi les guerres, pourquoi les meurtres ? Pourquoi la drogue ? Pourquoi 20 % des habitants de la terre ont-ils de quoi vivre et pourquoi les 80 % restant ont-ils à peine de quoi survivre ? Pourquoi l’accélération vers l’abime ? la terreur ? le volcan ? le tsunami ? pourquoi ..?

Mais je sais aussi qu’au fond de moi une petite flamme vaillante continuera de me dire : ” Il n’y a pas de réponse immédiate, reste confiante. Pour l’instant, continue ta vie, avance, ne faiblit pas. Reste dans l’amour, reste fidèle en Dieu.

Quand il s’agit de Dieu, je suis une fille simple et fidele.