Posts tagged ‘Ecrire’

05/04/2010

La vacance, le choix, l’ermitage

Il se discute, ailleurs, de l’importance de la vacance pour écrire. C’est un peu comme si on discutait de l’importance de la seule volonté pour enfanter.

 On enfante parce que c’est l’heure et le moment. Aussi, quand on a le choix, parce qu’on l’a décidé. On peut, si on en a le courage, décider de faire naitre un enfant à tel jour-telle heure. On peut souvent choisir d’avoir, ou non, un enfant. Il suffit qu’il y ait tous les éléments voulus pour la procréation. Comme on peut toujours choisir d’écrire ou non, si nous portons en nous le don d‘écriture. Et ce, pour la plupart. Car je connais des femmes qui, bien qu’ayant les moyens, n’ont aucun choix : ni celui d’avoir un enfant, ni celui de refuser l’enfant, ni celui d’écrire ; et encore moins de choisir entre vaisselle et écriture !

 Comme je connais des hommes qui n’ont pas eu le choix. A qui on a imposé l’enfant, les enfants. Qui morcellent maintenant leur(s) vie(s) entre le bureau (l’usine, le comptoir, la classe), les repas, les courses, le retour en voiture, et les vacances en famille. Des hommes, comme des femmes, qui ne trouvent jamais le temps, la vacance pour déverser le trop-plein de mots qui les étouffe. Qui n’osent pas choisir.

Et finalement, quand bien même nous trouverions le temps, aurions-nous toujours la place, l’endroit privé, fermé, hors vue et hors-vie, qui seul nous permettrait de faire abstraction de tout ce qui n’est pas l’idée germante et florissante en nous ? L’idée qui ne s’épanouira que sous certains auspices : solitude, silence, calme … Une église, il nous faudrait. Un temple, une mosquée. Un ermitage. Qui de nous possède l’ermitage des mots ?

Sur le jeu des 1000 mains, un seul texte, sur la trentaine en lices, pose la question de savoir si oui ou non, il y a un endroit propice, un lieu secret, idéal, qui nous inciterait à écrire. Ce texte laisse la porte ouverte aux développements, dont je m’empare. Parce que je sais que oui, il y a le lieu : celui que nous créons ; il y a l’heure : celle que nous choisissons ou qui nous choisit. Souvent, il y a le jour, aussi. Encore faut-il que nous soyons en condition de choisir.

Et puis il y a surtout le désir, qui devient un besoin. Un désir forcené, un besoin impératif. Plus que faim et soif, l’écriture nous emporte : nous brisons alors les derniers liens qui nous retenaient ici-bas. C’en est fait de l’entourage, du compagnon, des enfants. Bien que les enfant, souvent, aient le pouvoir de nous ramener sur terre – et je dis hélas, car je sais des œuvres inachevées à cause de cette forme de tyrannie de l’enfance, surtout chez la femme auteur.

Le point sur lequel nous sommes tous d’accord, c’est qu’il ne peut y avoir d’écriture sans un temps libre, sans une vacance, une vacuité. Même si ce temps, cette vacance volée au Temps, n’est que d’une trentaine de minutes par jour. Nous serons inapte à l’écriture si nous n’acceptons pas l’aspiration de tout notre être, corps, cœur, âme et pensée ; si nous ne passons pas d’abord par le nettoiement de nos fatras quotidiens de soucis et d’obligations ; par ce vacuum total. Nous portons l’écriture solidement ancrée quelque part à l’intérieur de nous – ou, comme le disait un mien ami disparu : ” l’écriture qui nous entoure.”

Mais qu’ elle flotte autour de nous et nous enlève, ou que, de l’intérieur elle nous propulse vers l’inconnu, le voyage se fera toujours seul avec elle, arrimés l’un à l’autre. Propulsés ensemble vers l’ermitage des mots. Sans place aucune pour un troisième passager.

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Mary Longwood

  

  

  

  

  

  

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04/27/2010

Celle qui écrit

Je suis celle qui écrit depuis ma petite enfance, et depuis plus de quinze ans maintenant, je suis celle qui écrit sur ordinateur. J’étais celle qui écrivais sur ardoise à la petite école, sur cahier finement rayé au cours préparatoire, au Bic plus tard , au stylo à cartouche d’encre, puis sur une machine à écrire Brother perfectionnés, avec un écran de 10 cm de largeur incorporé au dessus du clavier, dans les années 90. J’ai aussi écrit sur le sable, dans la neige, dans la boue, à la craie sur les tableaux et les trottoirs, au poinçon dans l’argile.

Ensuite, tout s’est précipité. J’en suis à mon cinquième ou sixième ordi, je perds le compte. Celui sur lequel je tape aujourd’hui n’a que 5 mois ; il est supersonique, extraplat, rapide, et possède une mémoire étonnante. C’est plus qu’un outil d’écriture, toute une bibliothèque à ma portée en un seul clic, l’élément indispensable qui met a ma portée photos, images, explications textes. Plus encore : il est le point vital qui me permet défaire partie d’une société jusque la étroitement fermée, celle de “ceux qui écrivent”, auteurs, écrivains, journalistes.

Tout un peuple, des milliers de personnes qui jadis écrivaient chacun dans leur coin et aujourd’hui explosent aux quatre coins du web.

Je suis celle qui écrit et qui plonge avec délices dans la vie du livre, du texte, depuis le début, la page blanche remplacée maintenant par l’écran – blanc , je préfère. Du premier mot au matin court, quand il fait encore sombre dehors et que tout dort, lorsque la seule chose vivante, c’est la tasse de café brulante devant moi. Alors, pas de gestes brusques, j’ai déjà tué un ordinateur il y a 4 ans avec une tasse de café renversée par mégarde. Depuis, je la pose loin du clavier, bien qu’encore trop près, au pied de l’écran.

Je suis celle qui écrit et qui a adoré écrire, pendant plus de quatre ans, avec une bande d’auteurs plus ou moins doués pour l’écriture, mais tous également passionnés par l’expérience d’écrire à plusieurs. Quelque part en chacun, et bien que ce n’ait jamais été mis en mots, il y avait l’espoir d’être édités. Espoir fondé sur un mensonge, une erreur monumentale : d’après certains, l’auteur ne deviendrait écrivain que lorsque son nom serait en haut d’une publication – le plus souvent UN LIVRE – dans sa forme la plus classique. Un livre lancé à grands renforts publicitaires, et que n’importe que pourrait acheter à la Fnac.

Bon, et les autres, les milliers d’autres qui passent leurs vies dans les mots, on les appelle comment ?

M.L.

04/27/2010

Comme un cahier

Ce blog, comme un cahier d’écolier, comme un journal, comme un carnet ouvert aux quatre vents, aux millions de regards. Comme une page lue par tous ou par personne, dans l’ombre et l’invisible, derrière les nuages et à travers les océans.

Ce blog ouvert ce matin dans la douceur d’avril, dans la tendresse des nouveaux vents venus de l’est, embrumés d’odeurs marines, dans l’inconnu de ces premiers mots, premières lianes lancées vers l’inconnu de demain.

Premier pont d’une rive à l’autre.

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M.L.