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04/27/2010

Celle qui écrit

Je suis celle qui écrit depuis ma petite enfance, et depuis plus de quinze ans maintenant, je suis celle qui écrit sur ordinateur. J’étais celle qui écrivais sur ardoise à la petite école, sur cahier finement rayé au cours préparatoire, au Bic plus tard , au stylo à cartouche d’encre, puis sur une machine à écrire Brother perfectionnés, avec un écran de 10 cm de largeur incorporé au dessus du clavier, dans les années 90. J’ai aussi écrit sur le sable, dans la neige, dans la boue, à la craie sur les tableaux et les trottoirs, au poinçon dans l’argile.

Ensuite, tout s’est précipité. J’en suis à mon cinquième ou sixième ordi, je perds le compte. Celui sur lequel je tape aujourd’hui n’a que 5 mois ; il est supersonique, extraplat, rapide, et possède une mémoire étonnante. C’est plus qu’un outil d’écriture, toute une bibliothèque à ma portée en un seul clic, l’élément indispensable qui met a ma portée photos, images, explications textes. Plus encore : il est le point vital qui me permet défaire partie d’une société jusque la étroitement fermée, celle de “ceux qui écrivent”, auteurs, écrivains, journalistes.

Tout un peuple, des milliers de personnes qui jadis écrivaient chacun dans leur coin et aujourd’hui explosent aux quatre coins du web.

Je suis celle qui écrit et qui plonge avec délices dans la vie du livre, du texte, depuis le début, la page blanche remplacée maintenant par l’écran – blanc , je préfère. Du premier mot au matin court, quand il fait encore sombre dehors et que tout dort, lorsque la seule chose vivante, c’est la tasse de café brulante devant moi. Alors, pas de gestes brusques, j’ai déjà tué un ordinateur il y a 4 ans avec une tasse de café renversée par mégarde. Depuis, je la pose loin du clavier, bien qu’encore trop près, au pied de l’écran.

Je suis celle qui écrit et qui a adoré écrire, pendant plus de quatre ans, avec une bande d’auteurs plus ou moins doués pour l’écriture, mais tous également passionnés par l’expérience d’écrire à plusieurs. Quelque part en chacun, et bien que ce n’ait jamais été mis en mots, il y avait l’espoir d’être édités. Espoir fondé sur un mensonge, une erreur monumentale : d’après certains, l’auteur ne deviendrait écrivain que lorsque son nom serait en haut d’une publication – le plus souvent UN LIVRE – dans sa forme la plus classique. Un livre lancé à grands renforts publicitaires, et que n’importe que pourrait acheter à la Fnac.

Bon, et les autres, les milliers d’autres qui passent leurs vies dans les mots, on les appelle comment ?

M.L.